mardi 8 décembre 2015

"L'Univers des super-héros DC par Alan Moore" (Panini Comics ; octobre 2005)

Cet album consacré au travail d'Alan Moore chez DC Comics est sorti en 2005 chez Panini Comics (collection "DC Anthologie"). En VO, cette anthologie a pour titre "DC Universe: The Stories of Alan Moore". La couverture est la même, mais l'édition française reprend seulement huit des treize histoires de l'anthologie VO.
Parmi ces huit histoires : "Qu'est-il arrivé à l'homme de demain ?" ("Whatever Happened to the Man of Tomorrow?", septembre 1986, avec Curt Swan, George Pérez et Kurt Schaffenberger), "Un homme comblé..." ("For the Man Who Has Everything", 1985, avec Dave Gibbons), "Panique dans la jungle" ("The Jungle Line", septembre 1985, avec Rick Veitch), "Les Jeux de la nuit" ("Night Olympics", avril-mai 1985, avec Klaus Janson), "Mogo n'aime pas les gens !" ("Mogo Doesn't Socialize", mai 1985, avec Dave Gibbons), "Fatum" ("Tygers", 1986, avec Kevin O'Neill), "Dans la nuit noire" ("In Blackest Night", 1987, avec Bill Willingham) et "Noces de terre" ("Mortal Clay", 1987, avec George Freeman).

Dans "Qu'est-il arrivé à l'homme de demain ?", Superman est mort depuis dix ans. Lois Lane a quitté le Daily Planet. Un journaliste lui demande de revenir sur les derniers jours de Superman...
Dans "Un homme comblé...", Batman, Robin et Wonder Woman viennent fêter l'anniversaire de Superman à la Forteresse de Solitude. Ils le trouvent en extase, une étrange plante fixée à sa poitrine...
"Panique dans la jungle" va emmener un Superman aux pouvoir diminués, au bout du rouleau et contaminé par un virus extraterrestre vers le sud des États-Unis, où il souhaite mourir seul et en paix...
Ce sont "Les Jeux de la nuit" à Star City. Green Arrow et Black Canary arrêtent de petits truands, lorsqu'un prodige du tir à l'arc parvient à blesser la super-héroïne, déclenchant ainsi l'ire d'Oliver Queen...
"Mogo n'aime pas les gens !" est un conte teinté d'humour dans lequel le Green Lantern Tomar-Re va expliquer à la jeune recrue Arisia, suite aux questions de celle-ci, pourquoi le Lantern Mogo n'assiste jamais aux réunions du Corps...
Dans "Fatum", Abin Sur vit ses derniers instants. Sa navette spatiale est en chute libre. Le Lantern réalise amèrement qu'il aurait dû faire confiance à son anneau...
"Dans la nuit noire" met en scène la Green Lantern Katma Tui. Devant les Gardiens d'Oa, elle revient sur sa dernière mission : recruter un nouveau Green Lantern...
Dans "Noces de terre", Gueule d'Argile pense avoir enfin retrouvé le grand amour. Elle s'appelle Helena. Mais la jalousie va le pousser à commettre l'irréparable...

Cette panoplie d'histoires démontre, s'il fallait encore le prouver, que Moore est à l'aise dans tous les genres, que ce soit la science-fiction teintée d'horreur (l'excellent et sombre "Fatum"), le polar urbain ("Les Jeux de la nuit", un véritable exercice de style), le roman noir avec Batman ("Noces de terre"), ou, tout simplement, le conte narré ("Mogo n'aime pas les gens !"). Le scénariste, en trois épisodes, apporte du frais au personnage de Superman, tout en le maintenant ancré dans sa mythologie (la Légion du XXXIe siècle, Krypton, etc.) ; l'Homme d'acier découvre que ses proches sont son véritable point faible. Il est ensuite pris au piège de ses fantasmes avant d'être sauvé d'un virus mortel par Mère Nature (par l'intermédiaire de la Créature des Marais). Ces histoires, bien que deux ou trois soient en retrait, sont pleines d'imagination, plaisantes à lire, et la caractérisation des personnages sonne avec justesse.
La qualité générale des illustrations est plutôt élevée. Gibbons et O'Neill (pour sa créativité et l'expressionnisme de son style graphique) sont au-dessus du lot. Swan et Pérez soignent le classicisme de leurs pages. Janson appose sa patte sombre et urbaine à l'épisode de Green Arrow. Janson, Willingham et Freeman réalisent un travail très solide. Celui de Veitch est sans doute le moins intéressant ; c'est en tout cas le moins soigné.

Malgré la présence d'une préface intéressante et d'une biographie, Panini Comics n'auront pas soigné leur premier album cartonné consacré à l'univers DC Comics. Khaled Tadil, le traducteur, omet souvent la forme négative ; sa traduction est littérale et son texte parsemé de fautes de langue. Les couvertures originales ont été regroupées en fin d'album, alors qu'elles auraient dû être intercalées entre chaque histoire. Cinq histoires ont été supprimées de l'édition VO. Les lecteurs francophones seront, entre autres, privés d'épisodes de Vigilante ou des Omega Men. Dommage.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

4 commentaires:

  1. Bizarre : visiblement l'éditeur Panini a tronqué l'édition US en omettant un récit de Vigilant, 2 parus en fin d'épisode de la série Omega Men, un du Phantom Stranger. Je vois que tu as autant apprécié que moi les pages de Kevin O'Neill. En revanche, j'étais déjà fan du travail de Rick Veitch, avec ses dessins qui sentent la sueur et les odeurs corporelles.


    Father's day (épisodes 17 & 18 de Vigilante, illustrations de Jim Baikie, 46 pages) - Marv Wolfman avait créé chez DC un personnage ressemblant au Punisher de Marvel, mais en plus "réaliste". Alan Moore le plonge dans un récit très noir ayant pour thème la maltraitance des enfants. Il en profite également pour relativiser le réalisme de la série en se moquant d'Adrian Chase qui appartient visiblement à la bourgeoisie et qui ne connaît pas les us et coutumes des quartiers défavorisés.

    "Brief lives" (en deuxième partie d'Omega Men 26, illustrations de Kevin O'Neill, 4 pages) - Cette fois-ci Alan Moore est débarrassé de l'obligation d'utiliser des personnages récurrents propriétés de DC Comics. Il prouve les doigts dans le nez qu'il sait écrire une histoire courte de science-fiction passionnante et parfaite dans sa concision. Une perle.

    "A man's world" (en deuxième partie d'Omega Men 27, dessins de Paris Cullins, encrage de Rick Magyar, 4 pages) - Cette fois-ci, il s'attache plus à jouer sur le langage en inventant des mots dont la signification contient la chute du récit. J'ai trouvé cette histoire plus quelconque que la précédente.


    "Footsteps" (Secret Origins 10, illustrations de Joe Orlando, 10 pages) - Alan Moore imagine l'une des origines possibles du Phantom Stranger. Il ne se contente pas de développer une idée aussi séduisante que logique, il organise également son récit sur la base de 5 séquences de 2 pages chacune où chaque page impaire est un symétrique de la page paire suivante.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ces compléments d'information sur des récits que je ne désespère pas lire en version française un jour. Mais je doute que ça soit le cas. Je regrette qu'Urban Comics soient un peu unidimensionnels dans leurs publications (il y a tant de Batman et si peu du reste, ou alors du Vertigo), mais c'est la dure loi de la demande.

      Supprimer
    2. En VO, DC Comics avait complété ce recueil d'histoires courtes, avec celles écrites pour Wildstorm (branche Image de Jim Lee) : un recueil des WildCATS, un autre des histoires courtes ou miniséries pour Wildstorm.

      https://www.amazon.fr/gp/customer-reviews/R1QOHYP0LRBK5H/ref=cm_cr_dp_d_rvw_ttl?ie=UTF8&ASIN=1401215459

      https://www.amazon.fr/gp/customer-reviews/RMO72VCTY6I4Z/ref=cm_cr_dp_d_rvw_ttl?ie=UTF8&ASIN=1401213790

      Du fait de la structure éclatée d'Image et de la personnalité peu commode d'Alan Moore, il est à craindre que ses récits pour Todd McFarlane (minisérie Violator et autres) et pour Rob Liefeld (minisérie Badrock et autres) ne bénéficient pas d'une réédition en recueil. Snif.

      Supprimer
    3. Merci pour le complément d'information et pour les liens.

      Supprimer